Accueil arrow Articles arrow Un Gars - Une fille ou le terrorisme rabat-joie

Flash info

 
Un Gars - Une fille ou le terrorisme rabat-joie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Publications - Articles
Cet après-midi, bien calé dans mon sofa, je zappais comme le vrai beauf que suis à mes heures perdues : un documentaire sur Lénine, un autre sur les gemmes… Puis, soudain, ce fut le choc. Un épisode d’« Un gars, une fille », qui m’a effrayé plus encore que Ring 2 ! Pour une fois, les Français avaient mieux réussi dans la miniaturisation que les Japonais. Deux minutes de Dujardin/Lamy m’ont effrayé plus qu’un film d’horreur pour adolescents.
J’en tremble encore, et je m’explique.  L’épisode montrait « le gars », habillé uniquement d’un caleçon, préparant le petit déjeuner, se dandinant et se trémoussant sur une chanson française populaire, que forcément je n’ai pas reconnue. Il s’était vraisemblablement levé du bon pied, il était gai, dansant et chantant avec insouciance tout en grillant le pain et arrangeant les assiettes. Il avait une joie communicative, que je ressentais presque à mon tour. Soudain, surgit « la fille » qui éclate dans un grand ricanement : « Haha, qu’est-ce qu’il est ridicule, haha ! ». Et le gars, se fige, interdit, coupable et piteux.
C’est là qu’un grand effroi m’a saisi et ne m’a plus lâché tout l’après-midi. Le message scénaristique de cette scène anodine, le sens du ricanement de Chouchou découvrant la gaieté de Loulou, est, à bien y penser, « si tu es heureux, tu es ridicule ». Cette scène simpliste résumait en deux minutes des milliers de situations que j’ai vécues et que j’ai vues, dans divers milieux.
J’ai été saisi d’un grand accablement et j’ai dû sortir prendre l’air. Quel est ce monde où il est ridicule d’être spontanément heureux et exubérant ? Quel est ce monde où on préfère le ricanement au rire ? Qu’est-ce que c’est que cette mentalité ?
J’enrage contre cette attitude répandue, qui veut que la joie soit synonyme de bêtise, et de ridicule. Je me lève pour le droit à l’exubérance et à la gaieté insouciante. Ceux qui ricanent de ceux qui sont joyeux n’ont qu’à aller exprimer leur méchanceté ailleurs. Parce que c’est de la pure méchanceté que de tourner en ridicule ceux qui manifestent spontanément leur joie.
Dans un autre pays, en Italie, en Espagne, ou en Roumanie, on aurait été heureux du bonheur de l’autre, on se serait mis à danser avec lui, on aurait fait un duo, on aurait déliré à deux. En France, on le casse, on l’humilie, parce qu’il est de bonne humeur. Je ne sais pas si c’est du sadisme jaloux, ou juste de la jalousie sadique. Est-ce là l’esprit français, cet esprit militariste et rabat-joie, cet esprit que « le monde entier nous envie »? On s’étonne après que nous soyons le premier pays consommateur d’anti-dépresseurs.
Loulou aurait dû s’indigner contre Chouchou. Il aurait dû défendre sa joie au lieu de se sentir honteux d’être gai sans raison. « Car on a toujours une bonne raison d’être de bonne humeur, celle-là même que l’on est de bonne humeur », dixit Schopenhauer. Le jour où l’on aura le courage de se battre pour le droit de se réjouir en toute insouciance de la beauté de la vie, le pays des Droits de l’Homme aura fait un grand progrès humain.
 
< Précédent   Suivant >

Divers

Vidéos


© 2010 Radu Stoenescu
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.
Template Design by funky-visions.de